Mère C. & Mère courage et ses enfants
On entre dans Mère Courage et on se demande aussitôt quelle idée Brecht a bien pu avoir de nous la nommer ainsi. À qui s’aviserait de jouer à la lettre C, ça n’est sans doute pas Courage qui viendrait en premier à l’esprit. Cupide, Compromise, Corrompue, ça oui, sans doute. Et puis on avance et la série des C commence à s’infléchir. Vient Capitulation — la « Grande Capitulation » dont Mère C nous donne un chant douloureux. Capitulation à quoi ? Au monde qui est en train de surgir, au triple massif de l’État moderne, du capitalisme, et de l’individualisme en cours de surrection, à sa nouvelle économie morale — qui renverse toutes les anciennes valeurs, refait toutes les lignes de conduite. Mère devient Clairvoyance, voit le nouveau système des forces, sa puissance irrésistible, s’abattre sur elle, emporter tous. Alors — mais tout à la fin — Courage apparaît. Non pas le Courage-vertu, dont les lectures bourgeoises raffolent : le Courage spinoziste de l’opiniâtreté à persévérer au milieu des forces. Le Courage de Mère Conatus.
(Frédéric Lordon)
À paraître le 16 octobre 2026.
Ce recueil est composé des textes suivants :
- Mère C. (Frédéric Lordon)
- Mère courage et ses enfants (Bertolt Brecht, Mutter Courage und ihre Kinder, traduction Irène Bonnaud)